Duels Judiciaires

Au Moyen-Age la Mouline connaissait une intense activité commerciale et artisanale. En effet, de nombreuses tanneries étaient installées sur le petit ruisseau, la Brienne, qui se jette dans l’Aveyron.
Au moins jusqu’au 14ème siècle, la Mouline connut des heures agitées et une énorme affluence certains jours.
Dans ces dépendances et prés avoisinants les premières maisons, un terrain était réservé à un usage spécial. C’était un champ clos où se déroulaient les duels judiciaires. De forme carrée, ses quatre coins portaient quatre colonnes de pierres reliées entre elles par de grosses poutres qui servaient de clôture. On appelait ce pré le  » Pré des Lices « . Il était, au 17 ème siècle limité, à l’Est et au Sud par le chemin allant de Rodez à La Mouline et à l’Ouest, par un autre pré dit :  » de Labardie « . Ce nom lui venait de ce que les femmes de Rodez avaient l’habitude de laver leur linge dans l’Aveyron, à l’extrémité de cette prairie.
Au 17 ème siècle, le Pré des Lices appartenait à François Chicard, chanoine de la cathédrale.
Bien que la coutume barbare des duels judiciaires qui terminaient un procès par les armes, ait disparu un peu partout, elle survécut en Rouergue jusqu’au 15 ème siècle. Malgré l’interdiction royale, cette conclusion sanglante des litiges fut tolérée par les Comtes de Rodez. Il suffisait que les deux adversaires en fassent la demande (ces sortes de demandes n’étaient pas rares).
Henry Affre, dans la seule moitié du 14 ème siècle, a compté neuf duels judiciaires qui eurent, tous, pour théâtre le champ clos de La Mouline.
Ce furent ceux de Raymond Raynal et Guillaume Blanquet, Hugues Cantaussel et Cervel, Jean Bournazel et Guy Tarisse, Bermier et Berenger Carrier, Bernard Maurel et Bernard Valette, Géraud de Peyre et Hugues Calsihn, Guillaume Darde et Géraud de Montpellier, Pierre Robin et Raimond Emergau, Louis de La Serre et un soldat anglais du nom de Louiston.

Le plus important de tous, fut celui qui opposa Pierre Robin ou Roby à Raimond Emergau. On était en pleine guerre de Cent Ans, entre deux victoires anglaises (Crécy-Poitiers). Les troupes anglaises s’étaient déjà emparées de plusieurs places fortes en Rouergue. Ce fut dans un climat tendu que Robin accusa un jour Emergau d’intelligence avec l’ennemi et d’avoir essayé d’introduire secrètement les Anglais dans Rodez. Devant ces accusations, Emergau répliqua que Robin avait l’âme mauvaise et méchante et qu’il mentait par sa gorge. Il assortit sa demande d’un duel judiciaire. En vain les officiers royaux de la Sénéchaussée du Rouergue, qui siégeaient à Villefranche, firent-ils défense à Emergau de participer à ce combat ; en vain, les magistrats ruthénois usèrent-ils de palinodies, de lenteurs et d’atermoiements, pour donner le temps à la colère des adversaires de s’apaiser.
Le combat eut lieu le 30 Mars 1351 (ou 1353 ?). Ce jour-là une foule de curieux provenant des quatre coins de la province, afflua à la Mouline pour assister au duel que présidèrent les membres de la cour de paréage de Rodez. La garde du champ clos fut confiée aux Chevaliers Beranger de Broquies et Begon de la Barriere.
Le combat fut acharné et dura longtemps. Finalement Robin succomba sous les coups de son adversaire.